Les nécessaires changements de société

Un article de LaMarcheDuSel.

Face au mur environnemental, il n'est point de miracle. Le salut de l'humanité passe forcément par des changements significatifs de nos habitudes de vie et de comportements. Basé sur la consommation à outrance, notre système économique détruit l'environnement et nous éloigne de nos vrais besoins.

Le défi qui s'impose donc aux pays développés est d'évoluer d'une société de l'avoir et de la compétition vers une société de l'être et de la coopération. Étant donné notre conditionnement par les médias, nos systèmes éducatifs, culturels et économiques, ce défi pourrait sembler désespéré. En même temps, avons-nous d'autre alternative que d'essayer de le relever ?

Il est tout de même rassurant de constater que toute personne qui a goûté au confort d'être, dans un esprit de coopération, n'a généralement aucune envie de revenir dans le monde de l'avoir et de la compétition. Se connaissant mieux, évoluant davantage en conscience, ces personnes consomment moins car elles satisfont leurs besoins fondamentaux autrement. De cette simple réduction de la consommation, découle une réaction en chaîne vertueuse et salutaire : besoins financiers moindres, besoin de moins travailler, plus de temps libre, une vie plus saine, plus harmonieuse avec plus de lien social, une meilleure santé... Bref, elles sont plus heureuses et la planète ne s'en porte que mieux.

Les personnes disposant de ressources inférieures au minimum vital auront peut-être du mal à se reconnaître dans ce schéma là. Cependant, de nombreuses expériences individuelles viennent confirmer la pertinence du processus, processus parfois initié du fait de conditions financières particulièrement difficiles. Et la question de savoir s'il est plus facile d'évoluer en conscience avec 6000€ par mois qu'avec 600 est une vraie interrogation dont la réponse, forcément complexe, pourrait être... surprenante !

Toujours est-il que le défi à relever est immense et qu'il sera collectif ou ne sera pas. Parmi les nombreux leviers existants, en voici trois qui semblent incontournables :

  • l'éducation à la connaissance de soi, à la non-violence et à la paix,
  • l'économie centrée sur l'humain, locale et soutenable,
  • l'appropriation des médias par les citoyens.


Éduquer à la connaissance de soi, à la non violence et à la paix

Aujourd'hui, l'école nous apprend à lire, écrire, compter, respecter des règles de vie commune et nous donne accès à d'innombrables savoir et savoir faire. Pour autant, nous apprend-elle à décoder nos ressentis corporels, nos émotions, nos sentiments ? Nous donne-t-elle les clés d'une communication équilibrée et harmonieuse avec l'autre ou nous apprend-elle simplement à nous soumettre à l'autorité ? La valeur de réussite est-elle associée à la réussite du groupe ou à celle de l'individu ? Bref, nous amène-t-elle à un progrès global de nous-même, transcendant le seul objectif de l'acquisition d'une somme de connaissances, ou bien fabrique-t-elle la compétente mais docile main d'oeuvre nécessaire pour faire tourner l'économie du pays ?

Hormis quelques écoles alternatives (Freinet, Montessori, Steiner, Rosenberg, ...) qui fondent leur pédagogie sur le développement de la personne dans sa globalité (son corps, ses émotions et sa pensée), toute initiative de changement de projet éducatif en ce sens a échoué. La dernière en date, et certainement l'une des plus remarquables, fut celle initiée par les Nobel de la paix, en 1998. Cette année là, l'Assemblée générale des Nations Unies adoptait à l'unanimité une résolution proclamant la décennie 2001-2010 "Décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde". Cette résolution invite tous les chefs de gouvernement de tous les États membres à "prendre les mesures nécessaires pour que la pratique de la non-violence et de la paix soit enseignée à tous les niveaux de leurs sociétés respectives, y compris dans les établissements d'enseignement".

En France, cela a donné lieu à la production d'un "Programme pour l'éducation à la non-violence et à la paix", édité par la Coordination pour la Décennie, véritable référentiel de formation de la maternelle jusqu'au collège. On y retrouve la même volonté d'appréhender la personne, enfant ou adulte, dans sa globalité. Ce programme a reçu un vote négatif du Sénat en mars 2005 (153 voix pour, 160 contre).

Le bénéfice premier d'une telle éducation au niveau d'une nation est de créer des citoyens responsables, respectueux de leurs besoins fondamentaux comme ceux d'autrui, des êtres davantage coopératifs que compétitifs, auteurs et acteurs de leur vie plus que victimes. De tels individus ont conscience que leur bien être et le bien-être d'autrui sont une seule et même chose ; ils ne peuvent se résigner à accepter l'évolution du monde actuel. Les gouvernements en place ont-ils un réel intérêt à ce qu'ils soient trop nombreux ?

Développer une économie centrée sur l'humain, locale et soutenable

Les organisations ont pour vocation l'épanouissement de l'individu dans la collectivité, et non l'inverse.

Après l'économie de production des années d'après guerre et jusqu'aux années 70, après l'économie de marché des années 70-80 qui a vu le capital devenir maître des lieux, nous voici dans une économie que certains nomment économie d'environnement. Elle est caractérisée par une offre supérieure à la demande et une instabilité, une incertitude et une mutation des marchés nécessitant une réactivité, une adaptabilité et une créativité accrue des entreprises.

La survie dans cet environnement incertain et ultra-compétitif a engendré des dérives qui deviennent aujourd'hui excessivement difficiles à vivre pour nombre de salariés et de chefs d'entreprises. La "financiarisation" de cette économie a notamment placé le capital et l'actionnaire à une place tout à fait démesurée. En plus d'être non viable (les dettes des pays industrialisés nécessaires pour maintenir ce système ne pourront croître à l'infini), ce néo-capitalisme crée de l'insécurité, de la frustration et de la peur chez les individus. L'incidence sur l'efficacité et la santé des salariés n'est plus à démontrer.

Alors qu'il est communément admis que la confiance et la coopération entre les membres d'une organisation sont les critères premiers de réussite de celle-ci, l'actionnaire est aujourd'hui déconnecté de l'activité de l'entreprise et plus encore des forces vives de celle-ci. Recherchant avant tout la rentabilité de son investissement, l'actionnaire - et plus encore lorsqu'il se regroupe en fond d'investissement - a perdu son humanité. Alors que l'actionnariat et les forces productrices ne devraient faire qu'un, le fossé se creuse entre ces deux acteurs pourtant indissociables et inter-dépendants. Les structures coopératives tentent de les faire se rencontrer à nouveau et réussir ce délicat équilibre entre une nécessaire rentabilité économique de l'entreprise et le partage équitable des richesses créées par celle-ci.

Sous-tendant aux impératifs écologiques, le développement de l'activité économique locale et la préférence citoyenne pour celle-ci doivent absolument être aidé et valorisé par les pouvoirs publics. Les AMAP sont un exemple de ce qu'il est possible de faire dans le domaine de l'agriculture pour concilier les urgences écologiques et sociétales. Les Systèmes d'Échanges Locaux (SEL) sont un autre exemple concernant davantage les services à la personne et proposant une alternative à l'utilisation de l'euro comme monnaie d'échanges. Parfois perçus comme un danger pour l'économie classique, les entrepreneurs auraient tout avantage à coopérer avec les SEL et trouver un terrain d'entente entre ces deux modèles économiques complémentaires.

L'analogie avec le secteur du logiciel - où se côtoie une économie du logiciel Libre (souvent gratuit) aux cotés du logiciel propriétaire - pourrait servir de base pour une nouvelle économie, mixte et équitable dans laquelle l'harmonie est sans aucun doute possible et réaliste.

Se rapproprier le secteur audiovisuel, soutenir les médias alternatifs

Soumis aux lois du marché et contraints à auto-financer leur activités, les médias traditionnels publics et privés se sont laissés happer par le pouvoir financier : la pub est reine, l'espace de cerveau disponible leur principal objectif. Si la suppression de la publicité sur les chaînes publiques est une initiative louable, la réalité de sa mise en oeuvre risque de faire rapidement déchanter les plus optimistes : comment concilier des objectifs d'audimat avec des moyens financiers considérablement moindres par rapport aux chaînes privées ?

Si l'accès aux médias papier et radio est encore possible aux initiatives alternatives, l'accès à la diffusion hertzienne analogique et numérique est quasi impossible : aucune télévision associative n'est présente dans le paysage audiovisuel national français à ce jour. Et pourtant, quel formidable outil de changement social que représente la télévision. Comment faire respecter la loi de l'audiovisuel qui oblige France Télévision à proposer un lieu d'expression pour les utilisateurs, un conseil d'antenne qui soit un lieu de débats, de discussions, mêlant professionnels et utilisateurs ? Comment inciter les sociétés productrices à réaliser des émissions d'éducation populaire et attractives, deux termes absolument pas antagonistes ?

Là encore, Internet pourrait bouleverser l'ordre des choses. Le Net fourmille de vidéos et de productions alternatives d'une qualité et d'une créativité bien souvent remarquables. Les grands groupes de diffusions ne s'y sont pas trompés : certaines productions, visualisées par des millions d'internautes, sont désormais diffusées sur les grandes chaînes du paysage audiovisuel français.

Quant à la presse alternative, malgré une situation financière parfois difficile, celle-ci est également dense et bien vivante. Source de plaisir, d'espoir et d'élévation des consciences, la soutenir, la lire, la diffuser, est peut-être l'une des premières actions citoyennes non-violente à réaliser, concrète, simple et accessible au plus grand nombre.